C'est en cherchant la date d'un autre texte de 2005 que j'étais sur le point de poster que j'ai retrouvé celui-là, celui que je cherchais à la base. C'est venu un soir de mai 2005, sorti d'une traite, et croyez-le ou non, la semaine d'après j'en ai repondu un qui doit bien faire pas loin de deux fois celui-là, encore d'une traite. Pour être honnête à l'époque je n'étais pas pleinement satisfait de mes textes, et quand je relis les vieux postés maintenant je dois dire que je les trouve parfois immondes, mais au moins c'était un temps où j'avais quelque chose à dire. Le regard que je porte sur le corentin de l'époque est assez condescendant voire souvent méprisant, sa naïveté et sa sensiblerie m'exaspèrent. Mais je dois aussi admettre que c'est bien facile de dire ça aujourd'hui, le pauvre avait beaucoup de choses à gérer, beaucoup de trucs moches dans son cerveau d'adolescent, beaucoup de caillasse entre les multiples calques chiffonés de son identité. Si je suis en paix aujourd'hui, si les facettes de ma personnalité ont arrêté de se faire la guerre pour former un tout que j'aime croire cohérent, c'est grâce à son combat en amont. Je lui en suis redevable et reconnaissant.
Tendresse à lepistolero au travers d'une flamme.
Nine Milimeter, c'est mon nom. Et pourquoi? Parce que je suis semi-automatique, mortellement semi-automatique.
Je suis pas Koyabashi, mais alors qui est Teen Spirit? Teen Spirit est un faux, c'est un masque trompeur, une porte en trompe l'oeil. Une vitre qui ne donne pas sur le paysage qui se trouve derrière elle.
Et Koyabashi est un imbécile. Un pauvre petit chat errant ayant parfois mal à la tête, un moignon qui doit se conformer, sans cesse de conformer, entrer dans les formes, signer les papiers, parler aux gens. Le pion avec lequel on joue à un jeu.
Je suis semi-automatique. Je ne sais pas ce que je dis mais à chaque fois il faut que j'appuie sur la gachette pour qu'un mot sorte. Je suis encore entrain d'écrire.
Je ne fais que respirer, pendant longtemps avant les autres, derrière les autres, en dessous. Je me vide et je blêmis; je n'écoute plus, je n'entends même pas. Les images n'ont plus de sens, la musique est le seul parasite, et il n'est là que pour être le seul. Pour ne pas que la voiture qui passe dehors ne m'enlève.
Mais tu penses, tu penses!! PUTAIN!
Je suis Nine Milimeter; il n'est plus question de respect ni de tolérance. Je suis le fruit de la haine, je suis la haine en elle-même. Il n'est plus question de valeurs, d'idéaux, de dignité, de paix. Je suis amoureux de la violence. Je ne suis que violence. Il n'est plus non plus question d'ironie.
Je pourrais m'apaiser en pensant à ce prénom dans l'Appartement, mais je n'ai pas envie. Pas maintenant, c'est trop tôt. Je veux plonger, me noyer dans les profondeurs de moi, m'étouffer avec les algues piquantes, je veux que le sel me brûle les yeux, que mon cerveau soit réduit en bouillie par la pression et qu'il me sorte par les oreilles, je veux vomir mon coeur pour pouvoir mordre dedans, le déchiqueter. Je veux aller plus profond que jamais, je veux me droguer aux ténèbres, qu'elles soient si intenses et si puissantes que mes pupilles se dilatent jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de blanc dans mes yeux, cherchant la lumière mais il n'y en a pas. Je veux que l'infrason bourdonnant vrombisse, fasse vibrer tout mon être avec tant de force que mes côtes se brisent une à une. Je veux que les doigts froids du mépris et brûlants de la colère me transpercent le ventre, remontent jusqu'à ma gorge et m'étranglent de l'intérieur. Je veux sombrer à l'intérieur de moi-même, je veux continuer à écrire toute la nuit, inspirer, expirer, que ce MONDE DE MERDE PUE A MES NARINES COMME TOUJOURS, ça me dérange pas, que dans son orgueil il se rappelle toujours à moi alors que je ne fais plus partie de lui. Cet orgueil bien connu, débile et démesuré. Celui qui s'est gourré sur toute la ligne, celui sur lequel on pisse depuis longtemps, celui qui se la pète de boire ma pisse en croyant que c'est un grand cru qu'un pauvre type comme moi pourra jamais se payer.
Ca deviendra un jeu de mains quand les mains commenceront à jouer. Jouer de la gachette, Roland les Doigts de Fée, ou jouer du clavier, ça c'est moi les doigts aux ongles rongés.
Pourquoi je suis renfermé? Pourquoi je regarde pas le ciel? Mais c'est toi qui est renfermée, toi bien précise. C'est le monde l'enfermement, c'est le ciel le mur. Mon intérieur est infini.
Je suis Nine Milimeter, parce que quand j'ouvrirai la bouche ce sera pour tuer quelqu'un! C'est pas fini, non, non, c'est pas fini.
C'est infini! Les mains jouent parce que je suis encore plus endormi; c'est de l'automatique. Même mes pieds finissent par taper la mesure, et ma tête penche; je suis ébloui et aveugle à la fois. Je marche en dormant. Sur une route qui est inconnue, qui est à l'envers, qui tourne comme un grand huit sans jamais revenir au même point. Tourne et retourne, il n'y a pas de point de départ je suis déjà fatigué, je suis perdu, de toute façon j'éternue même. Je suis plus le même; ma morve est rouge; je suis content; Bonjour, Cerveau!
Je suis assis sur le trottoir, j'ai les pieds nus dans le caniveau; et en plus c'est froid, il pleut. J'ai les mains sur les yeux; je rouille. Est-ce que ça se mange une araignée? Je viens d'en voir une passer à toute vitesse sur la route.
Absent. Je suis absent. Je suis absent de tout endroit où je suis pas, et je suis un peu nulle part. Je suis pas sur le sol, je suis pas en dessous, je suis pas au dessus. Je suis ptetre quelque part au bout de mon doigt; petite araignée essayant de revenir jusqu'au cerveau; le chemin est martelé de gouttes de pluie dix fois plus grosses que moi. Et mes yeux me regardent avec leur noirceur complète, content dans la tristesse. Amusé du désespoir. Un sourire qui ne dévoile pas les dents, à la fois encourageant et cruel.
Je me laisse tomber en arrière; une canette roule sur le trottoir, la pluie me martèle les genoux pointés vers le ciel, mes doigts se recourbent. Je me suis peut-être, avec un peu de chance, cogné la tête au goudron dur. Peut-être qu'un peu de sang s'est joint à l'eau ruisselant entre les petits cailloux. Rien à faire, l'eau contourne mes pieds, mais s'insinue quand même entre mes orteils, pour emporter quelque chose.
L'érosion de moi par le monde, le monde le voleur, qui me fuit et s'approche et même temps, atrappe à bout de bras sans même me regarder, surveillant ses arrières; t'es con, qui c'est qui viendra t'atrapper?
Et pis mes dents claquent, claclaclaclaclaquent. Elles ont mordu, elles ont mordu pour exorciser la violence, elles ont mordu pour protéger, elles ont mordu pour être tendres; au final tout ces souvenirs finiront dans le caniveau, ou bien mangés par des araignées. N'en restera rien, rien que le froid du métal, et les nouveaux adversaires, et les cadavres des anciens, et mon cadavre quelque part aussi, ni sur le sol ni au dessus ni en dessous, mais quelque part entre ma main et moi. Rien que moi, moi Nine Milimeter.
Ma Toi Bien Précise, j'ai envie de te mordre... Je sais pas si tu es une adversaire, je ne sais rien du tout, mais ça ne me dérange pas si tu me blesses. Blesse moi. Je me sens plus beau quand je suis blessé. Et puis, les cicatrices me rassurent. Il faut que j'arrête de me reprendre.
Je renifle. Je joue les équilibristes, je ne suis pas un acteur pourtant. Même la langue bat la mesure maintenant, ça me gratte rythmiquement, la relance prendra, prendra pas; j'ai les mains sur les temps et la tête comme un gouffre. De déclaration de colère en déclaration, de je ne sais quoi, à ton avis Toi Bien Précise, quel type de déclaration je peux bien te faire? Mes yeux se révulsent au rythme de la musique, mais pas la musique parasite, la musique, l'autre, celle l'inconnue. Eh, au début c'était pas une déclaration de colère, c'était une déclaration de nom.
Je suis Nine Milimeter, et apparement je supporte pas l'eau. J'ai appris de vous, de moi, j'ai appris à dire au revoir, j'ai appris ce que ça voulait dire. Comment continuer? Je sais pas si j'ai encore la force de marcher. En plus, je sens plus mes pieds; c'est comme si l'eau les avait vidés. L'autre, elle se prend vraiment pour une reine. Ptetre qu'elle se fait un collier d'ongles
DES ONGLES ROUILLES!
et que chaque ongle représente quelque chose, quelque chose qui n'a pas de sens pour moi mais qui en aura pour elle, et qui n'en aura pas pour vous, et qui n'en n'auront pas en eux-mêmes. En plus, ça sera peut-être le mauvais sens.
Est-ce que je peux marcher dans le bon sens avec des pieds sans ongles rouillés? Une araignée ça peut marcher dans tous les sens, même à l'envers. Mais alors, c'est quoi le bon sens pour une araignée? Bon sang! C'est bon le sang... Le sang qui ruissèle avec la pluie entre les petits cailloux qui ressortent du trottoir en goudron dur et mouillé sur lequel je suis renversé la pluie martelant mes genoux et les pieds dans l'eau qui emporte les ongles rouillés en surveillant ses arrières alors que personne ne peut surveiller le monde qui pue à mes narines dans son orgueil débile le genre qui croit qu'il boit un grand cru que je pourrai jamais me payer mais en fait c'est ma pisse qu'il a dans son verre
Et en plus il a un Nine Milimeter braqué sur la tempe.
Mais ça, il ne l'admettra jamais.
On ne s'arrête pas là. On s'évade, c'est tout.